Le complexe fibrosarcome félin

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Le complexe fibrosarcome félin

Message par Eowyn le Ven 25 Jan 2013 - 11:13

Vous pouvez retrouver ci-dessous l'article qui a été publié dans le "Mot du mau" n° 22.

Le complexe fibrosarcome félin : état des connaissances

Le complexe fibrosarcome félin désigne un ensemble de tumeurs regroupées sous le nom de « sarcomes à cellules fusiformes » ou plus simplement « fibrosarcome félin » au sens large. Le premier cas décrit de fibrosarcome félin post-vaccinal date de 1991. Depuis, l’augmentation du nombre de cas a conduit à proposer des recommandations sur les bonnes pratiques vaccinales chez le chat.

1. Epidémiologie et facteurs de risque

Les sarcomes à cellules fusiformes de localisation cutanée ou sous-cutanée représentent actuellement les tumeurs les plus fréquentes du chat. L’âge moyen des chats atteints est de 9,3 ans, avec une répartition bimodale de l’âge des chats atteints : on observe un premier pic du nombre de cas vers 6/7 ans, et un second pic vers 10/11 ans. Le fibrosarcome « post-traumatique » apparaissant sur les sites d’injections (vaccins, produits retards) se développe chez des chats plus jeunes et présente un comportement biologique plus agressif. Il existe aussi une forme multicentrique du jeune chat due au FeSV (Feline Sarcoma Virus), mais celle-ci est très rare.
A noter que si les fibrosarcomes sont majoritairement cutanés, ils peuvent aussi intéresser différents organes : le coeur, le système digestif, le système reproducteur (ovaire/glande mammaire), et le tissu osseux.
La topographie lésionnelle des fibrosarcomes cutanés est celle des sites d’injections : on les trouve préférentiellement en région interscapulaire, puis, dans l’ordre décroissant : sur la paroi thoracique, sur la paroi abdominale, sur l’épaule, dans le cou, et en région dorso-lombaire.
Actuellement, l’estimation du nombre de fibrosarcomes présumés post-vaccinaux varie entre 1 et 10 cas sur 10 000 chats selon les auteurs. La prévalence des fibrosarcomes en dehors des sites vaccinaux serait plutôt de l’ordre de 2 cas sur 10 000. Un délai de 4 semaines à 10 ans est estimé pour l’apparition d’un fibrosarcome post-vaccinal. Sont également incriminés comme potentiellement générateurs de fibrosarcomes l’acétate de méthyl-prednisolone (corticoïde retard), le lufénuron (PROGRAMND injectable) et les pénicillines retard, avec un délai d’au moins 2 ans après l’injection. Les vaccins adjuvés contre la rage et la leucose sont fréquemment mis en cause car ils sont associés à une réaction inflammatoire locale avérée. Pourtant, les résultats des études épidémiologiques sont contradictoires et certains essais ne retrouvent pas les vaccins adjuvés comme facteurs de risques d’un fibrosarcome par rapport aux vaccins non adjuvés. Le rôle de l’inflammation locale dans la pathogénie des sarcomes post-vaccinaux reste par ailleurs controversé. Différentes études épidémiologiques n’ont pas pu montrer d’influence du conditionnement en flacon multidoses, de la taille des aiguilles, du mélange des valences, ni de la marque ou de la nature du vaccin (adjuvé ou non), même si, en pratique, le confort du chat est amélioré par l’utilisation d’aiguilles sèches (une aiguille pour le flacon, une pour l’injection) de diamètre de 25 ou 26G. Par contre, une température trop basse du vaccin lors de l’injection semble être un facteur de risque. La zone interscapulaire est utilisée depuis longtemps pour les injections sous-cutanées chez le chat, pour des raisons pratiques (contention et injection en un seul geste), d’où le nombre important de tumeurs interscapulaires. Mais il n’existe pas de preuves impliquant la localisation des injections (interscapulaire versus autres zones) dans la pathogénie des sarcomes post-injection. Cependant, les lésions de cytostéatonécrose augmentant les réactions inflammatoires, il serait préférable de choisir des sites d’injections peu riches en graisses et d’éviter la zone interscapulaire.
De plus en plus de particularités génétiques sont identifiées chez les chats développant des fibrosarcomes. En 2003, le Groupe de recherche sur les fibrosarcomes félins (Greffi), en France, a fait état d’une prédisposition génétique chez certains chats, chez qui le développement de fibrosarcomes est plus fréquent.

2. Diagnostic et pronostic

Le diagnostic du fibrosarcome ne peut être posé avec certitude suite au seul examen clinique du chat. Il passe nécessairement par l’analyse histologique de la tumeur : le vétérinaire praticien envoie celle-ci (ou une biopsie) à un laboratoire d’anatomie pathologique vétérinaire, et reçoit le compte-rendu de l’examen généralement 10 à 15 jours plus tard.
Il n’est pas rare que l’on observe chez un chat qui a reçu une injection, notamment vaccinale, d’observer une petite masse cutanée ou sous-cutanée dans les semaines qui suivent. Dans la plupart des cas il s’agit d’une réaction bénigne et la masse régressera en quelques semaines. Dès lors, lorsque l’on découvre sur un chat une masse suspecte, il convient d’appliquer la règle des 1-2-3 : l’exérèse de la masse est indiquée si elle augmente de taille 1 mois après l’injection, ou si elle mesure plus de 2 cm, ou si elle persiste plus de 3 mois après l’injection. L’agressivité locale des fibrosarcomes étant importante, toute lésion sous-cutanée pouvant évoquer une tumeur du complexe fibrosarcome félin doit être opérée et analysée précocement. Les récidives locales sont fréquentes et précoces : 60 à 80 % de récidives dans les 6 mois qui suivent l’exérèse chirurgicale, 75 à 92 % dans les 2 ans. En revanche, les métastases ganglionnaires sont très rares. Les métastases à distance sont rares (10 à 15 % des cas) et tardives, sauf lors de sarcomes très indifférenciés ou d’ostéosarcomes extra-squelettiques. Ces métastases ont presque toujours une localisation pulmonaire. Des radiographies thoraciques préopératoires sont donc éventuellement indiquées, surtout si l’on suspecte une tumeur de haut grade (tumeur de grande taille, ulcérée et d’évolution rapide), mais un scanner est plus précis. Un scanner (ou une IRM) permet en outre d’évaluer les possibilités d’exérèse chirurgicale lorsque l’on a affaire à une tumeur infiltrante.

3. Traitement


L’association chirurgie-radiothérapie constitue la stratégie thérapeutique de choix lors de fibrosarcome post-injection. La chirurgie doit être agressive dès la première intervention, en retirant si possible des marges saines de 2 à 3 cm autour de la tumeur. Le muscle ou le fascia au contact de la tumeur doit également être retiré, et des ostéotomies de la scapula ou des apophyses épineuses sont parfois nécessaires, ce qui implique que le chat soit opéré en milieu spécialisé. Les progrès de l’analgésie vétérinaire ont considérablement amélioré la récupération post-opératoire.
Même si une chirurgie agressive permet d’augmenter la durée de rémission, elle est souvent insuffisante et une radiothérapie adjuvante est donc fortement conseillée. Le pronostic est meilleur si la tumeur était de petite taille (< 3 cm), si les marges chirurgicales sont saines, et si la radiothérapie est mise en place rapidement après la chirurgie (de 2 à 14 jours après). Le pronostic est moins bon lorsque la radiothérapie fait suite à une récidive. Le traitement radiothérapique peut se faire soit par curiethérapie interstitielle, soit par radiothérapie externe.
En France, la curiethérapie interstitielle est actuellement pratiquée au Centre de Cancérologie Vétérinaire de Maisons-Alfort par la technique dite « Haut Débit de Dose » ou H.D.R. (pour « High Dose Rate »). Le taux de réussite de ce traitement varie entre 40 et 70 % suivant la taille de la tumeur et le nombre de chirurgies déjà effectuées chez le chat. Celui-ci est reçu le lundi pour un examen clinique et pré-anesthésique, et le plan de traitement est établi pour la semaine. Le mardi matin, sous anesthésie générale, des mandrins sont implantés de part et d’autre de la cicatrice. Ils servent de guides au passage de la source d’iridium radioactif. Quatre séances de radiothérapie sont réalisées sous anesthésie générale : 2 le mardi et 2 le jeudi. Les mandrins sont retirés après la séance du jeudi soir. Durant la semaine d’hospitalisation, le chat mène une vie normale, en cage. Une irritation locale peut apparaître dans la semaine qui suit la radiothérapie, elle est alors traitée par un dermocorticoïde et un pansement. Une décoloration des poils est fréquemment observée dans la zone qui a été irradiée.
La radiothérapie externe présente plus de risque de léser des tissus sains car elle nécessite des doses d’irradiation élevées pour un contrôle correct des sarcomes félins. Les séances, de courte durée, sont réalisées sous anesthésie gazeuse, tous les 2 jours en général, pendant plusieurs semaines. Les effets secondaires sont une alopécie à 2 mois post-traitement dans le champ d’irradiation, puis une repousse de poil décoloré.
Les sarcomes sont des tumeurs en général peu chimiosensibles. Mais la chimiothérapie peut être indiquée lorsque la radiothérapie n’est pas disponible, ou lorsque des métastases ont été décelées. L’adriamycine (= doxorubicine) est la molécule la plus active sur les sarcomes du chat. Une toxicité rénale cumulative est possible, et la toxicité de la radiothérapie est majorée par l’utilisation de l’adriamycine.
L’immunothérapie peut être intéressante comme traitement adjuvant. Aux USA, l’acemannan, un extrait de l’Aloe vera, est utilisé comme immunostimulant. Son intérêt reste à démontrer. L’intérêt de l’interféron oméga félin reste également à préciser. Le Viscum Album fermenté du laboratoire Weleda, ayant montré des propriétés immunostimulantes, est décrit en traitement adjuvant des fibrosarcomes opérés et irradiés ou en traitement palliatif des masses inopérables. Il s’agit d’un traitement au long cours administré par voie orale.

4. Prévention


Les moyens de prévention du complexe fibrosarcome félin sont limités. Ils découlent des facteurs de risque qui ont été identifiés ou suspectés.
Les vétérinaires américains privilégient toujours en thérapeutique féline la voie orale à la voie injectable. Il est recommandé de réaliser les injections sous-cutanées préférentiellement au niveau des faces latérales des cuisses, en s’aidant de moyens de contentions tels que la main du propriétaire du chat.
Les vaccins devraient être adaptés au mode de vie de chaque chat, et réduits au strict minimum pour un chat ayant des antécédents de fibrosarcome. L’American Association of Feline Practitioners recommande des vaccins non adjuvés et l’injection par voie sous-cutanée. On évitera de mélanger les vaccins dans la même seringue et on injectera autant que possible les différentes valences en différentes zones du corps : par exemple les valences typhus, rhinotrachéite, calicivirus et chlamydophilose en région interscapulaire, la valence leucose sur la cuisse gauche et la valence rage sur la cuisse droite. Les vaccins seront sortis du réfrigérateur quelques minutes avant d’être injectés, afin qu’ils aient le temps d’atteindre la température ambiante.

Dr Séverine MANUEL, vétérinaire

Bibliographie :

SOYER C., DOLIGER S. (2011). Vade-mecum de cancérologie vétérinaire. 2ème édition. Paris, Editions Med’Com, 319p.
GAGNON A.C., PASTOR M. (2010). Les fibrosarcomes post-injections. Le Point Vétérinaire, Numéro Spécial - 2010 [volume 41], 140-144.
TIERNY D. (2009). Comment évaluer et traiter un fibrosarcome félin. Le Nouveau Praticien Vétérinaire, 42, 56-62.

Pour aller plus loin : visionner la vidéoconférence sur le fibrosarcome en ligne à l’adresse suivante :
http://fr-staging.merial.com/eleveurs_felins/index.asp#fel_videos

Glossaire :


Adjuvés : qualifie les vaccins auxquels on a ajouté des molécules servant à stimuler la réaction immunitaire (exemple d’adjuvant : l’hydroxyde d’aluminium).
Alopécie : chute générale ou partielle des poils.
Analgésie : lutte contre la douleur.
Apophyses épineuses : protubérances dorsales des vertèbres.
Cytostéatonécrose : nécrose du tissu graisseux.
Epidémiologie : étude du comportement d’une maladie au sein de la population.
Extra-squelettique : se dit d’une localisation non osseuse.
Fascia : membrane fibreuse située à la face profonde de la peau ou limitant des loges musculaires.
Histologie : étude des tissus à l’échelle microscopique.
Multicentrique : se dit de tumeurs présentes en plusieurs localisations simultanées.
Pathogénie : étude des mécanismes d’apparition et d’évolution des maladies.
Pénicillines : famille d’antibiotiques. Il existe des formulations « retard », c’est-à-dire qui persistent plusieurs jours dans l’organisme après une injection unique.
Scapula : omoplate.


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